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Decrayonner exposition cite dentelle mode

Exposition Décrayonner Anne Valérie Hash - Affiche site web Combinaison en soie et dentelle - Solstiss -- Couture hiver 2014 - Collection Jumpsuits - photography Fabrice Laroche
Anne Valérie Hash - Exposition Decrayonner - illustration 01

L’EXPOSITION DECRAYONNER


INFORMATIONS PRATIQUES


Du 1er Avril au 13 novembre 2016

CITE DE LA DENTELLE ET DE LA MODE


135 quai du Commerce, 62100 Calais
T. + 33 (0)3 21 00 42 30 – www.cite-dentelle.fr
facebook.com/citedentelle
cite-dentelle@mairie-calais.fr

Ouvert tous les jours, sauf le mardi. De 10h à 18h.
(et de 10h à 17h du 1er novembre au 31 mars)

Fermeture le 1er mai.

Exposition decrayonner anne valerie hash crayon

LA CITÉ DE LA DENTELLE ET DE LA MODE invite Anne Valérie Hash, créatrice essentielle de la scène française, une des rares maisons à avoir obtenu le label prestigieux de la Haute Couture. Cette exposition, la première à lui être consacrée en France, retrace ses 13 premières années de création. Plus qu’une rétrospective, il s’agit d’une exploration d’un univers en cours de fabrication. Une centaine de pièces vestimentaires uniques, vidéos et documents exclusifs révèlent un vocabulaire stylistique et analysent le processus créatif. Les pièces sont, à l’exception de prêts du Palais Galliera – Musée de la Mode de la Ville de Paris, extraites des archives personnelles de la Maison Anne Valérie Hash.

Introduction

par Anne-Claire Laronde, directrice de la Cité de la dentelle et de la mode

Combinaison en radzimir qui se porte indifféremment côté face ou dos - Couture hiver 2014 Collection Jumpsuits Maison Anne Valérie Hash - photography Fabrice Laroche

PARMI LES MATIÈRES de prédilection d’Anne Valérie Hash figure la dentelle tissée, fleuron du patrimoine industriel textile européen. L’inviter à présenter l’ensemble de son travail en regard des collections de dentelle, c’est aussi quelque peu donner à voir l’étendue des possibles auxquels peut se prêter cette matière noble. Dos nus, combinaisons androgynes, robes asymétriques, blouses légères et tops rétroréfléchissants,Anne Valérie Hash se joue des usages pour proposer des pièces où la finesse de la dentelle est employée d’une façon subtile et cohérente. Ses vêtements attestent qu’elle est une fine connaisseuse et amoureuse de cette matière complexe, l’une des rares créatrices à maîtriser la variété des usages que permet ce textile mal connu. Sans pour autant être le sujet principal de l’exposition, nombre de pièces exposées font montre de cette virtuosité.

EXPOSER Anne Valérie Hash permet aussi une belle rencontre avec une équipe vive et soudée. Si la mode a l’usage de mettre en avant la figure du créateur, toujours elle se construit dans la symbiose d’une équipe tres resserrée. Avec Anne Valérie Hash, cet exercice collégial s’est étendu avec grand profit à la préparation de la présente exposition « Anne Valérie Hash. Décrayonner ». Sylvie Marot, la commissaire de l’exposition, a oeuvré au plus près de la créatrice. Les créatifs qui l’accompagnent témoignent d’une vivacité précieuse et communicative qui éveillera chez tous, nous l’espérons, curiosité et intérêt sincère pour les subtilités de ses recherches créatives.


Décrayonner Anne Valérie Hash

par Sylvie Marot (extrait du catalogue d’exposition)

Capeline-veste à bords vifs - Couture été 2003 - Collection Vice Versa - Maison Anne Valérie Hash - Photography Fabrice Laroche

DÉCRAYONNER, une création lexicale en guise de titre ? La question à se poser n’est pas : ce verbe existe-t-il ? Mais plutôt ce verbe est-il créable ? Et si oui, quel sens lui donner ? (…) Si crayonner engage une idée de rapidité et d’immédiateté, décrayonner sous-entendrait une notion de lenteur et de recul. Aux grands traits, on opposerait le détail. Surtout, la réversibilité du geste serait similaire au procédé cinématographique de la marche arrière. Décrayonner use de ce trucage pour comprendre le truc. (…) Tenter du moins.

AINSI L’EXPOSITION Décrayonner détaille la création en action d’une couturière qui n’aborde pas le travail de couture par le crayon mais par le ciseau et l’aiguille. Il ne sera pas question de crayonnés, de croquis ou d’esquisses, mais de vêtements, de toiles et de patrons. Et si trace de crayon il y a, ce serait plutôt celle de la craie de tailleur. (…)

Lou Lesage portant un pantalon retourné - été 2002 - Phase préparatoire à la Collection Vice Versa -photograhy Fabrice Laroche

LA COUTURE de Anne Valérie Hash réside initialement dans ses découtures. On devine dans ses coupés francs et frangés le goût de l’inachevé, dans le non ourlé la trace de l’arrachement. Ses bords laissés à vif voire volontairement effilochés sont une frontière en pointillé entre textile et peau. De suture à guipure, ce non finito laisse place aux bords dentelés et à l’incrustation maîtrisée. Les dentelles prismatiques de « Pause » (collection été 2014) en sont la parfaite illustration.

DÉBÂTI ET REBÂTI, décousu et recousu, accidenté à dessein, chaque vêtement s’observe à travers le détail. Peu importe la torsion des tissus, la désorganisation des patrons, la multiplication des éléments, il s’agit de créer un équilibre à partir du déséquilibre préexistant. La couture est le lieu de la main artiste comme de la main artisane. Son luxe consiste à prendre le temps de défaire et de faire.

Chemise renversée - Couture été 2002 - Collection Fillemâle - Maison Anne Valérie Hash - Michelangelo di Battista

ANNE VALÉRIE HASH questionne la matérialité des étoffes. La toile de coton et la laine sèche des costumes d’homme se marient aux tulles et aux mousselines de soie. Les paillettes et broderies réveillent la matité des étoffes. Effet liquide des organzas ultra légers, effet fluide des jersey de soie. Les dentelles, chinées ou nouvelles, se mélangent dans des mille-feuilles complexes ou se confrontent à des tissus techniques. Soupeser l’épaisseur du temps, se projeter dans un futur accéléré, c’est idem.

SA GAMME CHROMATIQUE se concentre sur les noirs et les ivoires, les coloris lavés et les chair. Les photographies, noir&blanc de Michelangelo di Battista, les éclairages troublés de Bettina Rheims ou les tonalités poudrées de Fabrice Laroche, semblent fixer cette colorimétrie sélective. Dans les laines charbon ou dans les dentelles anciennes se lit la patine sépia. (…) Et pourtant les couleurs vives percent avec le temps. Mais plus que la couleur, c’est la lumière qui fait son entrée. Lumière blanche des tissus rétro-réfléchissants, lumière arc-en-ciel des tissus iridescents. Enfin, les plissés et drapés, dans l’ondoiement de la marche, ne se lassent pas de jouer avec les ombres.

Robe en soie avec ruban de dentelle - Couture été 2007 - Collection Elise -Maison Anne Valérie Hash - Photography Bettina Rheims

DÉFINITIVEMENT, Anne Valérie Hash coud les contraires et faufile les opposés. Elle équilibre les notions de modernité et de tradition. Elle déséquilibre les symétries et les volumes. Anne Valérie Hash assemble les opposés sans adversité. Et définitivement, elle chemine vers la féminité.


Le parcours

Toile d’une robe - Maison Anne Valérie Hash - Photography Fabrice Laroche

L’ENTRÉE EN MATIÈRE de l’exposition se fait dans une atmosphère lumineuse d’atelier. Une dizaine de toiles posées sur des mannequins de couturière accueille le visiteur. La toile est un prototype de vêtement en trois dimensions. Cette mise en volume du patron de base permet les ajustements sur le corps. Une fois le patron de papier modifié, le vêtement sera bâti dans le(s) tissus choisi(s). Les ennoblissements (broderies, applications) suivront. Sur ces toiles de coton grège, on lit les traces de craies de tailleur, de feutres colorés, autant d’indications d’ajustements. Ces objets, documents de travail, sont rarement conservés, et encore plus rarement exposés. Ces toiles crayonnées sont des brouillons de vêtements.

Robe en tissu smoké et dentelle résille - Couture hiver 2010 - Collection Lunaria Rediviva - Maison Anne Valérie Hash - photography Fabrice Laroche

RESSENTIR la matière à défaut de pouvoir la toucher (la fragilité des tissus ne l’autorise pas). L’absence des vitrines de verre marque le désir de proximité avec des vêtements. Il est question de réduire la distance entre le vêtement destiné à être porté et l’objet vestimentaire momentanément objetmusée. Mais surtout il s’agit d’insister sur la matérialité des étoffes. Des boîtes noires enchâssent sobrement les vêtements. Sur les tableaux noir ardoise d’écolier, les titres sont partiellement écrits à la craie. L’art de Anne Valérie Hash est peu ostentatoire. Le visiteur est invité à se concentrer sur les détails. L’enjeu est de percevoir, derrière une certaine sobriété des matières, l’intelligence des coupes.

Blouse d’organza à manches soufflées plissées. Haute Couture hiver 2008 - Collection Elements - Maison Anne Valérie Hash -photography Fabrice Laroche

UN PARCOURS THÉMATIQUE De la première pièce, une robe construite à partir d’un pantalon d’homme, à la dernière, un costume tailleur en dentelle et tissu réfléchissant, c’est un style qui s’affirme. L’exposition évolue chromatiquement du noir vers la lumière. Au sein de la salle d’exposition permanente de 500 m2, le parcours est organisé en quatre grandes thématiques et treize sous-thèmes stylistiques. Ses treize ensembles se dédouanent de la chronologie pour se concentrer sur le vocabulaire stylistique. Des verbes qui disent le geste, qui précisent l’action ou leur conséquence.

Crédits photos : Fabrice Laroche // www.fabricelaroche.com
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Crédits textes : Sylvie Marot
Les crédits de l’exposition